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Un frère nous a quitté

Notre ami Gauvain, Mac Fuirmid de la clairière Sequana nous a quitté dernièrement.

Je tiens à souligner au nom de Edobola tout son engagement pour faire vivre le druidisme et son travail au sein de l’association des filles et fils de la terre, dont il était trésorier et membre fondateur.

Que la déesse Sequana le guide dans son voyage !!!

Awen

 

Astur – Mac Fuirmid

Tailtiu

Bien que cette fête soit appelée Lugnasad, assemblée de Lug, aujourd’hui nous sommes réunis en l’honneur de Tailtiu.

Elle est fille et femme de roi : fille du roi Magmor, et femme du dernier roi des Fir Bolg, Eochaid Mac Erc. Ayant survécu à la « Première Bataille de Mag Tured » qui voit la défaite des Fir Bolg par les Tuatha De Danann, elle devient la femme d’Eochu le Rude, prince des Tuatha De Danann et la mère adoptive de Lug. Elle est sa nourrice, celle qui lui a donné le sein, qui l’a nourri de son lait blanc et élevé.

Elle défriche la forêt de Breg, qui fait place à un champ de trèfle, la plaine de Bregmar, pâturage pour les troupeaux de son peuple d’adoption et plaine cultivable pour faire pousser les céréales. Cet exploit la fait mourir d’épuisement.

Mais avant de mourir, elle fait une prophétie, une promesse : « Aussi longtemps qu’un prince me reconnaîtra, l’Irlande ne sera pas sans perfection de chant. » Autrement dit : « Aussi longtemps qu’on honorera ma mémoire, j’accorderai fertilité à la terre et aux hommes. »

Et c’est ainsi en son honneur que Lug institue les jeux de l’assemblée de Tailtiu, et c’est cette commémoration instituée par Lug qu’on appelle Lugnasad.

Ainsi Tailtiu, dont le nom indique à l’origine une déesse chtonienne, meurt en divinité agraire qui assure par son sacrifice la pérennité et le bien être matériel de son peuple. Les jeux funèbres que Lug institue en son honneur suivent le principe de la commémoration perpétuelle pour que la Déesse puisse tenir sa promesse de richesse matérielle, ils en sont la garantie et la contrepartie.

La non-célébration de la fête était une cause de calamité et c’était au prince régnant de veiller à ce que rien de tel ne se produise. Le prince agissait donc au titre de successeur de Lug comme moteur de la fête, en honorant en Tailtiu la Terre-Mère qui assure la subsistance de la Souveraineté et en manifestant la fonction royale essentielle : le don. C’est une fête d’amitié et de prospérité, d’où impuretés et combats sont bannis.

En résumé les relations de Lug et de Tailtiu s’inscrivent dans le cadre d’une fête divine et perpétuelle, royale et d’obligation, protégeant des calamités, et assurant la paix et l’abondance.

Tailtiu est l’incarnation de la souveraineté et de la fertilité de l’Irlande, et par là plus globalement de la Terre-Mère. Elle est nourricière, de Lug, puis de son peuple, généreuse, donnant tout son être pour son peuple d’adoption, civilisatrice, transformant la forêt, lieu sauvage hostile aux hommes, en plaine accueillante, lieu d’abondance.

Comment honorer aujourd’hui la mémoire de Tailtiu ? Il n’est plus de Prince pour assurer la célébration, pour commémorer en successeur de Lug la mémoire de la mère nourricière. Mais nous sommes là. Nous nous souvenons. Mieux, nous ressentons à nouveau cette force primordiale que manifesta Tailtiu, cette force du don de soi, don du lait de la nourrice, don de la force vitale au travail, don du blé fauché qui devenu farine puis pain nourrira les hommes. Cette force que Tailtiu incarne, nous l’honorons aujourd’hui, non pas par la fête royale que connut l’Irlande, mais par la fête d’amitié de notre clairière, par la célébration de ce rituel, modeste mais sincère. Forme différente, mais intention identique.

Nous te remercions pour ce don de toi, Tailtiu, pour ce chemin de la générosité et du désintéressement qui se transforme en richesse, abondance et prospérité devant lequel tu place nos pas, et que nous essayons de suivre de notre mieux. Car tu n’es pas morte ce jour-là dans la plaine fraîchement défrichée. Tes forces ne se sont pas taries, elles se sont juste transportées ailleurs. Ton corps travaillé par l’effort s’est transformé en nourriture, en espace, en joie, et depuis ce jour, mille fois tu renais, t’épanouissant dans l’herbe verte et le cœur des hommes. Ta vie est dans la mort comme don, comme lieu et moment nécessaire pour la régénération du cycle de la nature. La mort est dans la vie, et la vie dans la mort, et au cœur de ce mystère se trouve le courage d’aller au bout de ses forces, de ses limites, de son courage, au bout de soi sans craindre de disparaître, puisque nous ne ferons que renaître en ce que nous aurons nourri, élevé, dans tous les sens du terme.

Ainsi en honorant Tailtiu, en lui dédicaçant offrandes et pensées, les princes faisaient renaître chaque années les forces vitales de l’Irlande, socle de leur souveraineté, et à notre tour nous faisons renaître les forces vitales de la roue de l’année, de notre terroir et de nos vies.

Certes nous ne sommes plus en Irlande, et le temps des grandes assemblées et des foires est bien loin, mais nous te prions, Tailtiu, toi qui donna ta vie pour un peuple que tu adoptas alors qu’il avait combattu les tiens, de bien vouloir nous adopter à notre tour, nous qui souhaitons renouveler aujourd’hui la foi ancestrale sur nos terres, et nous guider sur le chemin du don de soi à l’autre, au monde, pour que nos forces nourrissent et éclairent les nôtres et le monde, à l’humble mesure de notre vitalité. Reçois ces offrandes en remerciement.

Yavanna – Mabinog

Le Chêne,

Edobola,

en éternelle fraternité.

 

Les voilà réunies, pacifiées

Sous le froid soleil du recommencement.


Imolg

 

Tu as clos les énergies d’hier

Et ton souffle renaissant, encore,

Étreint nos deux clairières

Sur les terres petrocores.

 

Déjà, les jeunes agneaux sont dans les prés.

Les ombres s’étirent sur le parterre de feuilles.

Les bois crient silence.

La cérémonie est forte, intense.

 

 

Les cœurs vibrent au son de nos voix en résonance

Les offrandes chérissent la Terre et la Mère des Mères.

 

La coupe est pleine, la flamme dansante

Les gestes et les actes sont purs.

Nos hommages à la Douce Brigantia

Sont lactescents.

Nos paroles et nos actes tournés vers Elle

Sont évanescents,

Mais toujours clairs, puissants.

 

Imolg

 

Que tes eaux lustrales purifient nos âmes,

Que l’étincelle divine soit en nous allumée.

 

Gwydyon – Mabinog

Lugnasad en Quercy

Belle rencontre en Quercy pour célébrer Lughnasad qui a réuni tous les membres ainsi que notre cousin Aodfhin de la clairière du Chêne.

Merci à Yavanna et Gwydyon de nous avoir accueillis.


Belles terres de Quercy,

Mémoire de pierres qui martèle le terroir.

Esprit des chênes qui hantent les collines,

Au son des cigales qui s’entêtent.

Instant présent, partage authentique dans la simplicité,

Union des cœurs et des couleurs.

Variation et intensité, densité des chants et des paroles.

Souffle des dieux qui balaye les visages et appelle le respect.

Appel du lieu à l’union sacrée.

Amis et membres de l’assemblée, Edobola rassemblé.

Cœurs battant au son vaillant,

Au soleil agonisant, donne son dernier souffle avant la fin.

Déroule le temps, l’instant d’une roue,

Perdu dans le battement des repères immémoriaux.

Au grand Lugus qui enterre sa mère le jour du sacrifice du blé.

Aux silences qui donnent réponse aux esprits qui s’agitent.

Oh terre d’accueil et de mémoire,

Portez vos messages et interrogez le questeur qui chemine.


Afang – Cheminant

Invoquer la paix par des pierres consacrées par Lugh et les offrir à ceux qui tiennent les portes aux quatre directions du cercle, c’est faire un don d’amitié et d’amour aux membres de la clairière d’Edobola et du Chêne, mais aussi leur lancer une invitation à s’ancrer dans la terre pour favoriser leur recentrage, propice à la paix. C’était là la première de mes intentions sacrée.

Mais très vite la seconde intention m’est apparue, fluide et enthousiasmante : j’ai senti que chaque pierre devait les mettre en connexion avec l’énergie et la force symbolique de la direction à laquelle ils seraient rattachés lors de la cérémonie de Lughnasad. Ainsi ai-je choisi de représenter cela en associant chaque direction à l’animal sacré qui lui est lié : l’ours, le cerf, le saumon et le faucon.

Chaque gardien des directions a donc hérité d’un galet poli par les eaux et décoré par mes soins. J’ai pris une heure de mon temps, la veille de la cérémonie de Lughnasad, pour invoquer Lugh et lui demander de présider à la bénédiction des pierres par les quatre éléments et directions qui gouvernent le Cercle Sacré.

Les 4 pierres de la paix dans la main gauche de leur héritier, selon les quatre directions et au sens dextrogyre, comme dans un cercle sacré.


Gwydyon – Mabinog

La veille, nous avons accompagné le coucher du soleil par un feu crépitant, tipi de bûches fumantes. Bâton enflammé, roues, spirales et nœuds de feu dans la nuit. Chansons accompagnées de la harpe. Nous avons longuement savouré la compagnie du feu, allumer là pour nourrir de sa vitalité le soleil dans la seconde moitié de sa course. Avançant nos mains de la fraîcheur de la nuit tombante vers le tapis de braises rougeoyantes, nous avons goûté cette sensation délicieusement troublante de plonger dans une masse vivante de chaleur, prête à se laisser modeler par les gestes lents de nos doigts, la danse de nos poignets.

Le lendemain, sous le brûlant soleil d’été, au sommet de sa gloire, au zénith de sa chaleur, au seuil de son lent déclin, nous avons honoré, encouragé, nourri le Mabon de nos offrandes, pour lui donner l’énergie de continuer encore le plus longtemps possible de darder sur la terre ses rayons bienfaisants, qui viendront aider les récoltes à mûrir, les plantes à s’épanouir. Personnellement, je lui ai offert une croix de joncs frais confectionnée la veille pour son énergie fraîche et jeune, sa vitalité vert clair, lisse et souple. Nous lui avons également demandé de bénir les bouquets de fleurs solsticiales, gorgées de l’énergie de l’astre à son apogée, que nous avons ensuite ramenés dans nos foyers, pour veiller sur le seuil, après avoir brûlé les bouquets de l’an passé, symbole du cycle éternel, qui passe, meurt puis renaît, semblable mais différent.


 

Un nouveau Mabinog a frappé à cette occasion à la porte de notre clairière. Nous l’avons accueilli avec les questions d’usage, qui ont amené, comme souvent, des réponses inattendues. À se demander parfois qui de l’arrivant ou du cercle qui l’accueille, est le plus transformé par cette cérémonie d’intronisation…

(Il est aussi devenu notre reporter en chef, et les photos de cet article sont de lui. Merci Gwydyon !)

Nous avons eu le bonheur de voir que les sangliers entretemps avaient honoré le lieu, laissant traces blanches d’argiles et soies collées le long des troncs, fouillant le sol. Les énergies changent, descendent, passant de l’air à la terre ; les souffrances du lieu, nous l’espérons, s’apaisent.


Au pied de l’arbre honoré par les sangliers, le bol chantant tibétain qui m’a servi à insuffler à l’eau la vibration vitale avant la purification du cercle… ou comment détourner des objets d’autres traditions au gré de l’inspiration.

Le temps de ces retrouvailles sur la roue de l’année paraît toujours trop court, mais l’on en revient toujours emplis de cette énergie nouvelle, envie de créer, de partager malgré la distance, de préparer la prochaine rencontre pour qu’elle soit encore plus riche, plus nourrissante, pour le coeur comme pour l’âme.

Yavanna – Mabinog

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